Humeurs

Huemeurs

La psychanalyse est pour moi la reine des sciences sociales et peut aller sur tous les fronts, du coaching à la géopolitique. La clé c’est l’inconscient qui déjoue les prévisions comportementalistes. En pratique, un questionnement qui maîtrise les ressorts inconscients amène une diminution des problématiques puis une suppression sur le long terme. Au-delà du soulagement immédiat, il faut mener une lutte active. C’est la résilience, autrement dit, le courage. De fait, les résignés sont majoritaires.

Le repli derrière des termes marketing comme bienveillance ou charge mentale n’apporte rien, à part une bonne conscience pour l’un et une plainte stagnante pour l’autre. Ranimons plutôt l’étincelle, maintenons le rebond. Osons la vérité, cherchons-la. Faisons des liens pertinents et apportons de la matière pour une réflexion riche au lieu de la réduire. Il y a urgence dans nos sociétés où les influenceurs ont remplacé les intellectuels, où l’exhibitionnisme et la superficialité tuent l’argumentation et l’introspection. 

La psychanalyse n’est pas élitiste, les patients sont issus de la classe moyenne. Elle concerne tous ceux qui veulent bien se remettre en question. C’est une aventure tâtonnante, passionnante. J’en ai bénéficié lorsque j’étais jeune et perdue. C’est devenu une évidence, une vocation.

Comme je l’ai écrit dans mon récit autobiographique Négligence ordinaire, je remercie la « dream team » : Papi Freud, Tata Dolto, Tonton Cyrulnik. Trois grands médecins qui nous ont révélé cet « autre chose » en plus du biologique. Freud le découvreur, Dolto et Cyrulnik les vulgarisateurs auprès du public. Chacun dans leur temps et avec leur sensibilité, ils ont défini les bases du fonctionnement humain. 

Au début du cabinet, je laissais à disposition une longue bibliographie, comme un complément aux séances. L’époque n’étant plus à la culture mais à la consommation, avalons au moins le meilleur…

Commencez par Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, livre fondateur car la résilience ça marche et ça se transmet (si, si). 

Si vous devez éduquer, piochez des phrases chez Françoise Dolto. 

Si vous avez de la curiosité, laissez-vous imprégner de l’état d’esprit (révolutionnaire) de Sigmund Freud. 

Si vous voulez admettre la responsabilité parentale, ouvrez grand Alice Miller. 

Si vous voulez comprendre certains enjeux sociétaux dont la place de la sexualité, faites un tour dans l’œuvre de Paul-Claude Racamier. 

Vous verrez que bien avant MeToo et ses héroïnes médiatiques, il y a des concepts fondamentaux. Les pulsions sexuelles ne sont ni une énigme ni une fatalité. Pas plus que les pulsions violentes, étudiées par Claude Balier. 

La psychanalyse décrit la face sombre de l’humain, les fameux vieux démons qui font de l’autre « un monstre », comme on l’entend. Pourtant ce n’est pas génétique, le monstre se fabrique, avec des complicités silencieuses, et ça commence très tôt. 

Mais comme évoqué dans mon documentaire La part d’inhumanité, cette connaissance accumulée n’est pas diffusée.

Pourquoi n’y a t-il pas de psychanalystes invités sur les plateaux télé ? Pourquoi la société ne rompt pas avec la « sainte famille » et la justice n’avance pas sur la cause des enfants ? 

La détresse non prise en compte, qui devient haine et vengeance, font d’eux des bombes à retardement que les nations payent d’une manière ou d’une autre des décennies plus tard (addictions, suicides, meurtres, attentats…).

La psychanalyse n’est pas abstraite, ses théories relayées par des praticiens actifs (pas ceux qui se taisent, s’endorment ou gribouillent…) aident les gens mais si eux se détournent pour d’autres pratiques dans l’air du temps, c’est dommage. C’est triste que tous ses brillants ouvrages prennent la poussière dans les bibliothèques.

Quoi qu’il en soit, avec ces références humanistes et pragmatiques, vous aurez des repères pour restaurer un narcissisme malmené et affronter l’adversité permanente.

Accrochez-vous à une éthique (branche plus solide que l’entourage), adaptez-vous (avec anticipation et réactivité) et ayez un peu d’ambition (ne vous réfugiez pas dans la victimisation).

Ce n’est pas magique, c’est même laborieux, mais ça vaut le coup !

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